mardi, 17 octobre 2006, 17h22 «Nous ne sommes pas mariés avec le parti communiste» Made in China consigne 45 histoires de paysans, de travailleurs, d'artistes, de malades, de professeurs... Solidaire vous propose un extrait de la rencontre avec le dirigeant syndical Wu Shenyao. 18-10-2006
Les écrivains belges Ng Sauw Tjhoi et Marc Vandepitte ont sillonné la Chine. Ils en ont rapporté 45 témoignages dont ils ont fait un livre (uniquement en néerlandais).
«Je l'admets, c'est avec une bonne dose de scepticisme que je franchis le seuil du siège du syndicat à Shanghai. Tout ce que j'ai lu chez nous sur la Chine parlait d'un syndicat ''bureaucratique'', une ''excroissance du parti'', qui ''co-organise l'exploitation des Chinois pauvres''. Shanghai serait-elle l'exception dans ce tableau?» explique Marc Vandepitte dans son livre. «Le Bund (syndicat) de Shanghai, ce n'est pas rien. 'Nous représentons cinq millions de membres pour quelque 124000 entreprises réparties selon 19 secteurs: industrie lourde et légère, textile, métallurgie, chantiers navals, firmes de conteneurs, etc.', énumère Wu Shenyao, dirigeant syndical. Tuyauteur, passé par la suite au service de planification d'une usine d'épuration d'eau, Wu Shenyao a été président du syndicat des transports. Depuis 1993, il est le président du Shanghai Municipal Trade Union Council (Conseil syndical de la municipalité de Shanghai). À première vue, ce Wu Shenyao n'a en tout cas pas grand chose à voir avec le stéréotype du dirigeant syndical chinois qu'on nous propose habituellement. Pas trop de bla-bla, quasiment aucun protocole, grande ouverture d'esprit.».
Avec qui est-il plus malaisé de négocier: un employeur privé ou un patron d'entreprise d'État? Wu Shenyao. (Rigole mais réagit promptement). La question n'est pas tellement là. Il faut d'abord pouvoir s'organiser en syndicat au sein de l'entreprise. Et ça, c'est surtout un problème dans les firmes privées. Dans chaque entreprise d'État, la loi rend la présence du syndicat obligatoire. Mais dans les entreprises américaines à capitaux étrangers comme Wal-Mart ou Kodak, c'est toute une affaire et nous ne sommes pas les bienvenus. De même, dans nombre d'usines sud-coréennes, la direction a du mal à digérer le concept d'une présence syndicale. Dans ces entreprises, ils nous montrent la porte.
Quel rôle jouent le Parti communiste chinois (PCC) et les autorités dans ces négociations? Quelles sont les relations entre le syndicat et le PCC? Wu Shenyao. Ho! Nous ne sommes pas mariés! Le syndicat travaille sous la direction politique du PCC. Cela signifie que le PCC ne s'ingère pas dans le travail quotidien du syndicat. Et que, dans les entreprises ou sur les autres terrains de travail du syndicat, nous travaillons de façon indépendante vis-à-vis du PCC. C'est comme le gouvernement chinois, qui travaille aussi sous la direction politique du PCC. Ça fonctionne bien, de cette manière. En outre, nous avons des contacts directs avec la direction du PCC et nous transmettons des conseils et des informations au plus haut niveau. Ainsi, nous pouvons défendre efficacement les droits des travailleurs.
Mais s'il y a un conflit entre les droits des travailleurs et la politique gouvernementale, quelle sera alors l'attitude du syndicat? Wu Shenyao. Il y a l'exemple de la sécurité sociale: la discussion sur la réglementation en matière de pension et de maladie. Nous demandons plus, mais les chefs d'entreprises veulent autre chose et le gouvernement, par-dessus le marché, a encore une autre idée sur la question. Notre attitude consiste à chercher ensemble un compromis qui soit le meilleur pour les travailleurs, sinon, c'est 'niet'. Et nous savons que si nous posons la barre trop haut, le gouvernement dira non. S'ils pensent que nos revendications sont disproportionnées, nous leur donnons des informations et des résultats d'études sur la situation concrète, pour leur demander un peu de compréhension et pour ainsi arriver à les convaincre. C'est ainsi que ça fonctionne, ici.
Le syndicat a-t-il légalement accès à des informations économiques et financières sur l'entreprise? Wu Shenyao. C'est à prendre ou à laisser. Par exemple, si, dans une firme, nous entamons des négociations autour d'une augmentation salariale parce que nos membres estiment que c'est la chose la plus importante, et si le patron de la boîte n'en veut pas, il est obligé de nous remettre un rapport financier expliquant pourquoi cette augmentation n'est pas possible.
Et s'il présente un tel rapport, la direction syndicale s'y conforme? Wu Shenyao. Nous évitons les conflits et cherchons un compromis. C'est ce que signifie pour nous 'protéger les droits des travailleurs'. Si nous entrions en conflit avec les propriétaires, nous ne pourrions résoudre aucun problème. Ce qui n'est pas faisable tout de suite le sera peut-être une autre fois.
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