mardi, 28 mai 2002, 7h40 Lundi 3 juin: Un artiste d'exceptionGustavo Munoz Matiz est le caricaturiste dont vous appréciez les dessins dans Solidaire. Cet artiste et révolutionnaire colombien est réfugié politique dans notre pays depuis 2000. Dès sa naissance, il était prédestiné pour un tel parcours Françoise Thirionet Gustavo Matiz est issu d'une famille de paysans. Ses parents et grands-parents furent expulsés de leurs terres dans les années cinquante. Dès 13 ans, Gustavo rejoint les jeunesses communistes. Il suit des cours d'anatomie artistique et de caricature politique. En 1984, il est président du syndicat des travailleurs de l'université de Quindio, où, tout en suivant des cours du soir, il est en charge du travail audiovisuel et de la décoration des bâtiments. Son influence politique est grande, c'est pourquoi il est arrêté, incarcéré et torturé dans le but d'identifier ses contacts politiques et syndicaux. Son corps est laissé pour mort et abandonné. Après 35 jours de soins intensifs et un an d'incapacité complète, Gustavo passe dans la clandestinité. «Cette épreuve m'a en fait radicalisé, j'avais dépassé la peur. Eux me pensaient mort, moi j'avais la volonté de montrer que j'étais vivant et donc de continuer le combat.» Son activité artistique se diversifie et s'amplifie: fresques, caricatures, musée urbain, interventions dans la rue La caricature est, pour Gustavo Matiz, une arme redoutable: «C'est une forme classique mais révolutionnaire qui démasque, dénonce et reflète la société impérialiste telle que je la perçois. Pour moi, il s'agit de faire découvrir que la pauvreté, l'oppression, la misère, la guerre ne sont pas un signe des dieux, mais bien l'uvre d'autres êtres humains comme vous et moi et que nous ne pouvons les tolérer. De plus, la caricature est terriblement éducative. Des phénomènes complexes y trouvent une expression sensible, c'est une arme très précieuse de lutte idéologique, parce qu'elle touche immédiatement et rapidement, elle concurrence les mass média parmi la jeunesse qui lit peu et parmi les plus vieux qui n'ont pas accès aux livres. La caricature peut être vue et comprise par des milliers de gens, avoir un impact immédiat, mobiliser, jalonner les actions Elle peut influencer le comportement et donc stimuler le changement.»
Le marché En août 2000, Gustavo Matiz a participé aux négociations de paix entre le gouvernement colombien et les FARC (Fuerzas armadas revolutionarias de Colombie) sur le thème de l'art et la culture. Il y a présenté un véritable pamphlet à l'encontre du gouvernement colombien. Il y fustige «l'anticulture et le système global de mort véhiculé par le marché du spectacle comme une machine à mensonges, à intimidations et de désinformation ()». Un appel vibrant termine son intervention: «Nous réclamons la solidarité des artistes et des travailleurs de la culture de la planète afin que la vie soit possible ici en Colombie, pour résister, pour démasquer le génocide, pour reproduire la sensibilité de notre peuple qui défend ses droits d'êtres humains, qui aime la vie Les artistes peuvent engendrer la justice sociale: les écrivains en développant le nouveau projet de société, les poètes en cultivant l'intériorité de l'homme, les chanteurs en accompagnant la voix de ceux d'en bas afin qu'elle ne tombe pas dans le silence, les comédiens en condamnant l'ostracisme et la solitude, les peintres avec leurs couleurs tropicales, les musiciens avec leurs harmonies venues des montagnes, les caricaturistes avec leur esprit d'à-propos, les danseurs avec leurs rythmes passionnés de la vie, les conteurs, troubadours, saltimbanques et artisans avec leurs métiers ancestraux, tout un patrimoine culturel en voie d'extermination». Déclaré cible militaire, sa famille menacée, Gustavo Matiz choisit alors l'exil avec sa femme et ses deux filles. Le 3 juin, au Centre international, Gustavo présentera ses oeuvres sur grand écran. Il les resituera dans leur contexte et fera ainsi découvrir les aspects multiples de la lutte du peuple colombien et la contribution que les artistes peuvent y apporter.
* Lundi 3 juin, à 20h, au Centre international, bd M. Lemonnier 171, 1000 Bruxelles. |
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