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mardi, 19 février 2008, 15h19


« L'important, c'est le contact avec l'affilié et la discussion collective »
Élections sociales J-75 :: Jean Schifano (Prayon) et Gando Alleri (Chimac-Agriphar)

Ils ont tous les deux 38 ans et sont délégués pour la Centrale Générale (FGTB) dans la chimie liégeoise. Jean Schifano et Gando Alleri nous parlent de leur engagement commun.

Alice Bernard
20-02-2008

Jean Schifano, électronicien, 38 ans, marié, trois enfants. Chez Prayon depuis 1988, membre du comité d’usine depuis 1993, mandataire syndical depuis 1995, délégué principal depuis 2005.

Gando Alleri, électromécanicien, 38 ans, marié, trois enfants. Militant syndical chez Chimac- Agriphar depuis 1991, élu dès la première fois qu’il s’est présenté sur les listes en 2000. Aujourd’hui, délégué principal ( Photos Antonio Gomez Garcia).


Chimac-Agriphar (Seraing) produit des herbicides, pesticides, de l’engrais, des produits phytopharmaceutiques destinés à l’agriculture. Une soixantaine d’ouvriers et 25 à 30 employés travaillent chez Chimac sur le site de production. Avec les employés d’Agriphar, cela fait en tout 125 personnes occupées.

Prayon (Engis) occupe 400 ouvriers et près de 300 employés et cadres. C’est la plus grande entreprise chimique de l’arrondissement Liège-Huy-Waremme. L’usine produit de l’acide sulfurique, de l’acide phosphorique, des engrais, etc… Le groupe est présent dans le monde entier, avec un actionnariat réparti principalement entre la Région wallonne (47%) et l’Office chérifien des phosphates (Maroc).)

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Pourquoi vous êtes-vous lancés dans le syndicalisme ?

Jean Schifano. Je ne supporte pas l’injustice, ni l’abus d’autorité. Etre délégué c’est avoir cette capacité de ressentir les injustices que vivent les autres et de tout faire pour les éliminer. Je veux aussi la sécurité et le bien-être au travail pour tous.

Gando Alleri. Le bien-être au travail, ce n’est pas se battre pour travailler dans un fauteuil. Mais plutôt obtenir un chauffage correct, des sièges ergonomiques, faire diminuer la pression (sinon on pète un câble en rentrant à la maison, et c’est la famille qui en souffre), demander des outils plus performants, des formations, des moyens de protection adéquats...

Jean Schifano. On se bat aussi beaucoup pour la formation. Le patron en a besoin, il reçoit même des subsides pour ça, mais nous devons constamment nous battre pour que ça soit bien organisé et que les formations servent pour l’évolution de carrière des ouvriers et non pour des formations obligatoires type « secouriste, Seveso et autres ».

On dit que le secteur de la chimie se porte bien… n’êtes-vous pas un peu des privilégiés ?

Jean Schifano. Le secteur se porte peut-être bien. Mais attention aux préjugés, chaque entreprise vit avec ses réalités. Dans la chimie (comme dans d’autres secteurs d’ailleurs), on travaille en feux continus, donc en pauses, y compris les dimanches. Les conditions de travail ne sont pas toujours faciles, il faut travailler avec des masques, des casques, lunettes ... Ce n’est pas gai tous les jours. De plus tout ceci peut avoir des répercussions sur la santé pendant ou en fin de carrière.

Gando Alleri. Et les discussions ne sont pas toujours faciles. Par exemple : il faut bien expliquer aux gens que les moyens de protection c'est mieux pour leur santé qu'une prime de risque. Ce n’est pas évident par les temps qui courent, les gens ont besoin de sous…

Les listes électorales seront bientôt déposées. Comment avez-vous constitué les vôtres ?

Gando Alleri. J’ai demandé une lettre de motivation aux nouveaux candidats. Certains se sont vraiment creusés. Puis on a voté tous ensemble (les nouveaux, les sortants et ceux qui se représentent) à une réunion du comité d'usine pour composer la liste idéale. Avec tous les militants, nous avons tous la volonté de travailler en équipe.

Jean Schifano. En novembre, nous avons lancé la recherche de candidats. Normalement, il faut faire partie du comité d’usine depuis un certain temps et avoir montré un peu ce qu’on vaut pour pouvoir être sur la liste. Mais si des nouveaux se présentent, on en discute tous ensemble. Les débutants on les place en suppléance pour qu’ils puissent apprendre à connaître un domaine à la fois et faire leur chemin petit à petit dans l’équipe. Ceux qui ont déjà plus d’expérience, on les met sur les deux listes1. En fait, c’est bien de cumuler un peu les mandats, pour savoir de quoi il retourne partout. Car l’affilié ne fait pas la différence, il vient interroger son délégué sur tous les sujets.

Gando Alleri. Tout est lié. Il est très important de bien faire circuler les infos entre les différentes organes de concertation. Par exemple : l’achat d’une machine pour améliorer le travail est discuté en CPPT (pour les questions d’ergonomie et de sécurité) et au CE pour l'information économique. Le bon délégué sait collecter les infos et avoir des relais partout, puis il discute tout en collectif.

Consacrez-vous tout votre temps syndical au travail à l’intérieur de votre entreprise ?

Jean Schifano. Bien sûr que non, nous allons à quasi toutes les réunions organisées par la Centrale Générale ainsi qu’aux formations et à des groupes de travail où les points de vue et l’expérience de chacun sont partagés. Sans oublier également les actions et manifestations qui sont organisées par la C.G. ou la FGTB.

Gando Alleri. Nous faisons environ 70 % de travail syndical dans notre entreprise et le reste pour les autres. Il faut se sentir concerné par le sort des travailleurs, où qu’ils soient. VW qui ferme, c’est un échec pour le monde du travail. Et ce n’est pas toujours facile de faire partager ça à aux travailleurs qui ne se sentent concernés que par leur entreprise.

Et la famille dans tout ça ?

Jean Schifano. Plus on monte dans les structures syndicales, plus la vie de famille peut en souffrir, c’est vrai. Une fois qu’on est élu effectif, il faut être disponible, montrer l’exemple, aller aux réunions de la centrale, s’intéresser aux autres entreprises et secteurs…

Gando Alleri. Et nos épouses se racontent les mêmes histoires. C’est une façon de se rendre compte qu’on a les mêmes engagements, les mêmes principes. En même temps, nous essayons de transmettre ces valeurs à notre entourage et aux enfants. Ça fait partie d'une certaine éducation.

Avez-vous déjà connu des déceptions dans votre engagement ?

Jean Schifano. La défaite de la lutte contre le pacte des générations. Cela a beaucoup de conséquences. Des gens doivent travailler plus tard et les jeunes restent sur le carreau. Et le front commun n’était pas toujours effectif sur le terrain…

Ce dont vous êtes le plus fier ?

Jean Schifano. Ce qui me plaît le plus, c’est quand les gens sont satisfaits. Et aussi quand on avance dans le sens de nos convictions.

Gando Alleri. On se bat tous les jours pour ne pas reculer, alors ce qui me réjouis le plus c’est de pouvoir faire un pas en avant. Plus on grignote, plus l’appétit grandit et les gens nous demandent d’aller plus loin. Le plus important, c’est d’avoir le contact avec les affiliés.

1 Conseil d’entreprise (CE) et Comité pour la prévention et la protection au travail (CPPT

1001 façons d’être syndicaliste

Les élections sociales auront lieu du 5 au 18 mai 2008. Dans plus de 6 000 entreprises, 1 400 000 travailleurs éliront leurs représentants au conseil d’entreprise et au comité pour la protection et la prévention au travail. Solidaire vous en présente quelques-uns, actifs dans différents secteurs et reflets de différentes sensibilités. Car il y a bien des façons d’être syndicaliste. Vous retrouverez cette série de portraits deux fois par mois.

 

Hebdomadaire du Parti de Travail de Belgique | bd M. Lemonnier 171, 1000 Bruxelles | 38e annee n° 7(1690) du 20 février 2008

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