mardi, 19 février 2008, 15h19 « L'important, c'est le contact avec l'affilié et la discussion collective » Ils ont tous les deux 38 ans et sont délégués pour la Centrale Générale (FGTB) dans la chimie liégeoise. Jean Schifano et Gando Alleri nous parlent de leur engagement commun. Alice Bernard
Pourquoi vous êtes-vous lancés dans le syndicalisme ? Jean Schifano. Je ne supporte pas linjustice, ni labus dautorité. Etre délégué cest avoir cette capacité de ressentir les injustices que vivent les autres et de tout faire pour les éliminer. Je veux aussi la sécurité et le bien-être au travail pour tous. Gando Alleri. Le bien-être au travail, ce nest pas se battre pour travailler dans un fauteuil. Mais plutôt obtenir un chauffage correct, des sièges ergonomiques, faire diminuer la pression (sinon on pète un câble en rentrant à la maison, et cest la famille qui en souffre), demander des outils plus performants, des formations, des moyens de protection adéquats... Jean Schifano. On se bat aussi beaucoup pour la formation. Le patron en a besoin, il reçoit même des subsides pour ça, mais nous devons constamment nous battre pour que ça soit bien organisé et que les formations servent pour lévolution de carrière des ouvriers et non pour des formations obligatoires type « secouriste, Seveso et autres ».
On dit que le secteur de la chimie se porte bien nêtes-vous pas un peu des privilégiés ? Jean Schifano. Le secteur se porte peut-être bien. Mais attention aux préjugés, chaque entreprise vit avec ses réalités. Dans la chimie (comme dans dautres secteurs dailleurs), on travaille en feux continus, donc en pauses, y compris les dimanches. Les conditions de travail ne sont pas toujours faciles, il faut travailler avec des masques, des casques, lunettes ... Ce nest pas gai tous les jours. De plus tout ceci peut avoir des répercussions sur la santé pendant ou en fin de carrière. Gando Alleri. Et les discussions ne sont pas toujours faciles. Par exemple : il faut bien expliquer aux gens que les moyens de protection c'est mieux pour leur santé qu'une prime de risque. Ce nest pas évident par les temps qui courent, les gens ont besoin de sous
Les listes électorales seront bientôt déposées. Comment avez-vous constitué les vôtres ? Gando Alleri. Jai demandé une lettre de motivation aux nouveaux candidats. Certains se sont vraiment creusés. Puis on a voté tous ensemble (les nouveaux, les sortants et ceux qui se représentent) à une réunion du comité d'usine pour composer la liste idéale. Avec tous les militants, nous avons tous la volonté de travailler en équipe. Jean Schifano. En novembre, nous avons lancé la recherche de candidats. Normalement, il faut faire partie du comité dusine depuis un certain temps et avoir montré un peu ce quon vaut pour pouvoir être sur la liste. Mais si des nouveaux se présentent, on en discute tous ensemble. Les débutants on les place en suppléance pour quils puissent apprendre à connaître un domaine à la fois et faire leur chemin petit à petit dans léquipe. Ceux qui ont déjà plus dexpérience, on les met sur les deux listes1. En fait, cest bien de cumuler un peu les mandats, pour savoir de quoi il retourne partout. Car laffilié ne fait pas la différence, il vient interroger son délégué sur tous les sujets. Gando Alleri. Tout est lié. Il est très important de bien faire circuler les infos entre les différentes organes de concertation. Par exemple : lachat dune machine pour améliorer le travail est discuté en CPPT (pour les questions dergonomie et de sécurité) et au CE pour l'information économique. Le bon délégué sait collecter les infos et avoir des relais partout, puis il discute tout en collectif.
Consacrez-vous tout votre temps syndical au travail à lintérieur de votre entreprise ? Jean Schifano. Bien sûr que non, nous allons à quasi toutes les réunions organisées par la Centrale Générale ainsi quaux formations et à des groupes de travail où les points de vue et lexpérience de chacun sont partagés. Sans oublier également les actions et manifestations qui sont organisées par la C.G. ou la FGTB. Gando Alleri. Nous faisons environ 70 % de travail syndical dans notre entreprise et le reste pour les autres. Il faut se sentir concerné par le sort des travailleurs, où quils soient. VW qui ferme, cest un échec pour le monde du travail. Et ce nest pas toujours facile de faire partager ça à aux travailleurs qui ne se sentent concernés que par leur entreprise.
Et la famille dans tout ça ? Jean Schifano. Plus on monte dans les structures syndicales, plus la vie de famille peut en souffrir, cest vrai. Une fois quon est élu effectif, il faut être disponible, montrer lexemple, aller aux réunions de la centrale, sintéresser aux autres entreprises et secteurs Gando Alleri. Et nos épouses se racontent les mêmes histoires. Cest une façon de se rendre compte quon a les mêmes engagements, les mêmes principes. En même temps, nous essayons de transmettre ces valeurs à notre entourage et aux enfants. Ça fait partie d'une certaine éducation.
Avez-vous déjà connu des déceptions dans votre engagement ? Jean Schifano. La défaite de la lutte contre le pacte des générations. Cela a beaucoup de conséquences. Des gens doivent travailler plus tard et les jeunes restent sur le carreau. Et le front commun nétait pas toujours effectif sur le terrain
Ce dont vous êtes le plus fier ? Jean Schifano. Ce qui me plaît le plus, cest quand les gens sont satisfaits. Et aussi quand on avance dans le sens de nos convictions. Gando Alleri. On se bat tous les jours pour ne pas reculer, alors ce qui me réjouis le plus cest de pouvoir faire un pas en avant. Plus on grignote, plus lappétit grandit et les gens nous demandent daller plus loin. Le plus important, cest davoir le contact avec les affiliés. 1 Conseil dentreprise (CE) et Comité pour la prévention et la protection au travail (CPPT
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