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mardi, 23 janvier 2007, 10h03


Transferts Flandre Wallonie : Mythes et réalités

Les Wallons fainéants, des assistés éternels vivant aux dépens des Flamands. Des Flamands arrogants qui prennent en otages les wallons. Des deux côtés de la barrière linguistique, nationalistes et séparatistes fourbissent leurs armes. Pour le Vlaams Belang, chaque ménage flamand pourrait s’acheter une voiture si la Flandre mettait fin aux transferts d’argent vers la Wallonie et Bruxelles. Entre mythes et réalités, Solidaire s’est penché sur la question.

Herwig Lerouge
24-01-2007

Wallons fainéants, Flamands volés ?

La Flandre plus riche transfère des fonds vers la Wallonie plus pauvre. Une réalité que personne ne nie. Mais est-ce prétexte à la séparation ?

Les transferts existent…

Il n’y a pas d’étude officielle sur les transferts entre les régions et les études existantes se contredisent. Selon les auteurs d’un manifeste d’un groupe de patrons du Nord du pays, 8,1 milliards d’euros vont annuellement de la Flandre à la Wallonie et 2,1 autres milliards vers Bruxelles1. Les auteurs du manifeste comptent également dans cette somme le remboursement de la dette publique pour laquelle, selon eux, la Flandre paie davantage que les deux autres régions.

Mais selon des chercheurs du Centre de recherche sur l’économie wallonne de l’université de Namur « d’autres formules de calcul, tout aussi défendables, concluent à un transfert de 5,3 milliards d’euros en faveur de la Wallonie »2. Le service d’études de la KBC parle lui de 5 milliards d’euros3. Par contre, dans une étude de 2003, la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) parle de 3,38 milliards d’euros4. Les montants divergent donc, mais les transferts existent bel et bien. Ceci passe par la sécurité sociale, le financement des régions et des communes ainsi que par le budget fédéral.

Pour la sécurité sociale, cela signifie que les Wallons et les Bruxellois paient moins de cotisations qu’ils ne reçoivent en allocations familiales, de chômage, de maladie ou de remboursement de frais de médicaments. Pour les pensions, c’est l’inverse, les Flamands paient moins que ce qu’ils reçoivent en allocations à cause d’une population vieillissante.

Pour les communes, cela signifie que les communes flamandes paient plus en impôts communaux que ce qu’ils reçoivent en retour a travers le Fonds des communes.

… dans les deux sens

C’est normal dans une société qui prône encore un minimum de solidarité entre les habitants. Ceux qui ont du travail et qui versent donc des cotisations sociales paient pour ceux qui n’en ont pas, pour ceux qui sont âgés ou malades. Cela se fait au sein de la Flandre même. La Flandre occidentale bénéficie des transferts. Six des huit arrondissements reçoivent plus qu’ils ne contribuent. Combien de temps le riche Brabant flamand va-t-il encore cracher pour le Westhoek ?

Cela se fait des régions riches en Wallonie vers les régions pauvres, même si elles sont situées en Flandre. La province la plus riche de Belgique est une province wallonne, le Brabant wallon. Le Brabant wallon paie aussi des transferts. Le Hainaut et Liège, mais aussi le Limbourg et le Westhoek profitent de l’argent flamand et wallon si on prend en considération l’apport net du Brabant wallon.

On ne parle que des flots d’argent de la Flandre vers la Wallonie afin de pouvoir opposer les deux communautés « ethniques ». On ne dit même pas que (d’après une étude de la KBC ) 50 % des transferts dans la sécurité sociale vont vers Bruxelles, considérée comme territoire flamand par les séparatistes.

Wallonie et Flandre : soeurs siamoises

Abolir les transferts aurait pour conséquence que 22 % des Wallons tomberaient en dessous du seuil de pauvreté contre 15 % aujourd’hui. « Or la Wallonie est le premier partenaire économique de la Flandre, sa stabilité politique et économique sont importantes pour le marché au nord du pays ainsi que pour l’écoulement de ses biens et services », dit Rudy Aernoudt, ex-chef de cabinet du ministre flamand de l’économie, auteur du livre Flandre,Wallonie, je t’aime,moi non plus5. Et d’ajouter : « les transferts permettent, entre autres, d’augmenter le pouvoir d’achat des Wallons, qui sont bons consommateurs de produits flamands... ».

Derrière le débat sur les transferts entre Flandre et Wallonie se cachent les véritables enjeux : le démantèlement de la Sécurité Sociale. (Photo archives)


La Sécu sous le feu

La question des transferts financiers vise à gagner l’adhésion de la majorité de la population aux thèses nationalistes de la scission de la sécurité sociale. Car une fois celle-ci obtenue, rien ne tiendra plus ensemble la Belgique.

Sous le prétexte que la situation de l’emploi est différente en Wallonie et en Flandre, les patrons flamands demandent la régionalisation de la politique du marché de l’emploi. Ce que soutient également le SP.a (socialistes). Karel Van Eetvelt, d’Unizo (union des classes moyennes, en Flandre) : « Les chômeurs qui ne cherchent pas activement un emploi doivent être sanctionnés. Mais, pour cette sanction, la Flandre dépend de l’institution nationale qu’est l’ONEM. Actuellement, des milliers de chômeurs qui n’ont pas suffisamment cherché un emploi seuls 10  % sont sanctionnés. Il y a obstruction au niveau national. ». La régionalisation pour pouvoir exclure plus de chômeurs flamands.

La scission pourrait toucher, à long terme, encore plus durement les Flamands. Le vieillissement de la population affecte davantage la Flandre et a un coût estimé à 7 % du PIB. Soit largement plus que le montant des transferts financiers...

Par ici le blé

Les patrons séparatistes flamands savent déjà maintenant ce qu’ils feraient des milliards libérés par une scission de la Belgique : « Une diminution des cotisations patronales de 44 % », dit Herman De Bode du groupe séparatiste De Warande6. Cela reviendrait à des frais équivalents aux 4 % du PIB, environ la même chose que ce qui est nécessaire pour assumer le coût du vieillissement. Tant pis pour les pensionnés flamands.

1 Manifest voor een zelfstandig Vlaanderen in Europa, édité par Denkgroep In de Warande, rue Zinner 1, 1000 Bruxelles, 252 p. • 2 Trends-Tendances, 31/8/2006 • 3 « Financiële transfers tussen de Belgische gewesten. Actualisering en vooruitblik. » Economisch Financiële Berichten, revue mensuelle, KBC, 55e année, no 10, 17 novembre 2000, p. 1-13. • 4 FEB, Commission économique, 12/5/2003. www.vbo-feb.be/index.html?file=131 • 5 Trends-Tendances, 21/9/2006 • 6 Trends Tendances, 1er décembre 2005

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Chaque ménage a payé une maison aux patrons

Ce que disent les nationalistes

La fin des transferts permettra de responsabiliser le Wallon, le sortira de sa léthargie et permettra de relancer l’économie wallonne. Pour le Vlaams Belang, les Flamands paient une voiture tous les deux ans à chaque ménage wallon. Il faut donc arrêter les transferts. Les Flamands paient trop.

Ce que dit le PTB :

En 20 ans, l’état a transféré 10 % du PIB des poches des travailleurs (flamands et wallons) vers les caisses des patrons. L’équivalent d’une maison par ménage en dix ans.

Les travailleurs paient trop

Les « flux d’argent » de la Flandre à la Wallonie ne sont que de petits ruisseaux en comparaison d’autres flux dont les patrons flamands parlent très peu. Ces vingt dernières années, l’état belge a transféré 10 % du PIB des salariés aux détenteurs de capitaux. Pour chaque ménage, c’est l’équivalent d’une maison en dix ans. Ce n’est donc pas la Flandre qui paie trop, mais tous les travailleurs de Belgique, quel que soit l’endroit où ils vivent.

C’est pourquoi les communistes sont internationalistes et non nationalistes, et sont opposés au séparatisme.

Le nationalisme détourne l’attention de tous les travailleurs, quelle que soit leur langue, des grandes questions pour lesquelles ils doivent imposer, ensemble, leurs solutions. Tel un véritable impôt sur la fortune pour financer la sécurité sociale.

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Wallonie : déclin ou démantèlement ?

Pour les nationalistes wallons, les Flamands tirent la couverture à eux tandis que les « syndicalistes grèviculteurs chassent les investisseurs ». À quoi doit-on le déclin wallon ?

En fait, nous constatons en Belgique comme dans tous les pays où existe le droit absolu de la libre entreprise, le phénomène du développement inégal des régions. L’économie belge est une économie capitaliste. Ceux qui créent des entreprises ont un seul but : la recherche du maximum de profits. Ils investissent là où cela leur rapporte le plus. Ils peuvent développer une région à un certain moment puis la transformer en un désert économique s’ils peuvent faire plus de profit ailleurs. Pour toutes sortes de raisons économiques ou techniques, les grands groupes financiers qui possédaient les grandes entreprises en Wallonie sont arrivés à la conclusion qu’ils pouvaient faire de plus grands profits ailleurs, notamment en Flandre. Ce qui s’est passé en Belgique n’est pas différent de ce qui se passe aujourd’hui au niveau mondial.

Hier comme aujourd’hui, les décisions stratégiques pour l’économie belge sont prises par les conseils d’administration d’un petit nombre de grands groupes capitalistes : voyez Volkswagen aujourd’hui. Voyez la Société Générale il y a cinquante ans.

Déclin et prospérité dépendent des multinationales

Depuis toujours, et certainement depuis la grande crise de 1930, l’industrie wallonne dépend de groupes financiers puissants siégeant à Bruxelles, qui « délocalisent » sans scrupule des secteurs industriels si cela leur rapporte. Jusque dans les années soixante, ces groupes ont retiré des milliards d’euros des industries wallonnes. Pour soutenir des secteurs en déclin (charbon, textile) ou la sidérurgie, ils ont obtenu des subventions qui s’élèvent à des milliards d’euros. Ils ont alors placé ces capitaux dans les régions où ils trouvaient un profit plus grand. On assiste progressivement à un glissement des investissements vers le nord. En 1960, Cockerill s’associe à Arbed sous la férule de la Société Générale pour fonder Sidmar (à Gand).

Pourquoi aussi en Flandre ? Parce qu’en Flandre, il y avait plus de chômeurs qu’en Wallonie, les salaires y étaient donc plus bas. Elle dispose de ports de mer, facteur important pour des industries qui importent leurs matières premières tel que le pétrole et la chimie, et qui exportent par mer une partie importante de leur production.

Le minerai de fer et le charbon venaient désormais du Brésil et de l’Afrique du Sud et non plus de Lorraine ou des charbonnages wallons. L’état finance d’ailleurs la construction du port de Zeebrugge et développe celui d’Anvers. Sidmar, située près de la mer, a donc beaucoup moins de frais de transport que Cockerill à Liège.

Après avoir bénéficié de l’argent du contribuable belge en Wallonie pendant la première moitié du siècle, ces groupes capitalistes vont remettre cela en Flandre. À la fin des années 50, Spinoy, bourgmestre de Malines et ministre des Affaires économiques fait voter des lois d’expansion économique. De nombreuses firmes américaines sont encouragées à s’installer en Flandre, ou se crée une industrie chimique prospère. La région du port d’Anvers explose, les zonings des régions de Gand et de Genk se développent. Pendant ce temps-là, la chimie wallonne perd de son importance. Les conséquences pour l’emploi sont terribles. Le taux de chômage moyen s’établit désormais à 18 % en Wallonie. En Flandre, il est de 9 %. Les régions industrielles traditionnelles sont les plus touchées. À Charleroi, il y a 23 % de chômeurs, à Liège 22 %. Au Brabant Wallon (12 %) et au Luxembourg (12 %), les taux sont nettement plus bas.

Typique du capitalisme

Ces évolutions ont aussi eu lieu dans d’autres pays capitalistes d’Europe. On a vu le déclin des bassins industriels au Pays de Galles en Grande-Bretagne; dans la Ruhr en Allemagne ; la Lorraine en France. II n’y a pas de causes ethniques dans ces pays. Il ne faut donc pas en rechercher non plus pour comprendre le déclin économique de la Wallonie. Le Wallon n’est pas plus paresseux ou profiteur que le Flamand, tout comme l’habitant du pays de Galles n’est pas plus paresseux que celui de Londres.

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Demain, l’indépendance pour toutes les régions européennes ?

Si l’on pousse la logique nationaliste jusqu’au bout, toutes les régions d’Europe peuvent demander leur indépendance. Dans chaque pays, de l’argent va des régions les plus riches vers les plus pauvres comme le montre une étude européenne.

Si la Flandre contribue à hauteur 3,6 % de son PIB (richesses produites en un an) à la solidarité nationale1, en comparaison :

1 Trends-Tendances, 31/8/2006 • 2 FEB, Commission économique, 12/5/2003. www.vbo-feb.be/index.html?file=131

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