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mardi, 10 janvier 2006, 11h47
Grève générale à La Poste le 12 décembre dernier
La Poste de moins en moins proche du public
La Poste annonce 730 bureaux et 10.000 emplois en moins. «La qualité du service au public va encore en prendre un coup», explique Jacques Lespagnard, secrétaire régional de la CGSP-Poste1 à Liège.
Alice Bernard
11-01-2006
Le 12 décembre, 100% des postiers étaient en grève dans la région liégeoise. Est-ce bien réel? D'où vient un tel succès?
Jacques
Lespagnard. Peut-être du fait que la mentalité syndicale liégeoise
est restée attachée aux valeurs défendues par des personnalités
comme André Renard. Les travailleurs liégeois ont gardé
la culture de la solidarité. Le 12 décembre dernier, la grève
était effectivement totale. «0% du courrier a été
distribué, ce qui ne reflète pas exactement le nombre de grévistes»
a dit la direction. Mais sur le plan syndical, nous pouvons affirmer que tous
les travailleurs étaient en grève, même les remplaçants
(la réserve de 20% d'effectifs affectée à chaque bureau
de poste).
Pour quelle raison aviez-vous appelé à faire grève dans toute la Wallonie?
Jacques Lespagnard. Cette grève a été demandée à l'unanimité par le comité régional de Liège, qui réunit tous les délégués de La Poste. J'ai relayé leur demande aux niveaux wallon et fédéral. L'interrégionale wallonne a décidé d'une grève générale, tandis que le niveau fédéral s'est déclaré solidaire de la démarche.
Le dernier «plan stratégique» de La Poste prévoit une réduction de 6650 équivalents temps plein d'ici 2010, ce qui représente environ 10000 emplois. Ce plan touche tous les secteurs de travail de La Poste: la distribution du courrier, mais aussi les centres de tri, les activités financières (les guichets et la Banque de La Poste) et même les équipes de femmes d'ouvrage.
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«Il y a toujours un bureau de poste près de chez vous», dit la direction de La Poste. Mais depuis son mariage avec la poste danoise et la banque anglaise CVC, La Poste pense plus à leurs profits qu'à son personnel et aux usagers. (Photo Solidaire, Lotfi Mostefa) - Cliquez sur la photo pour l'agrandir - |
Les facteurs de certains petits bureaux en Flandre ont également arrêté le travail en apprenant la charge de travail qu'ils auraient avec Georoute 2. Pourquoi la grève n'a-t-elle pas été un mouvement national?
Jacques Lespagnard. Il faudrait le demander aux camarades concernés. Personnellement, je regrette qu'ils n'aient pas rejoint le mouvement. Vu l'ampleur de l'enjeu, car il n'y a pas que Georoute 2, nos deux secrétaires généraux, Jean-Claude Balland et De Doncker, avaient déposé un préavis de grève générale. Un tel préavis doit être suivi d'effet, à mon avis, sinon c'est le patron qui se frotte les mains. C'est un peu pour ça que je suis monté au créneau. Sommes-nous pour un syndicat de combat? Oui, m'a-t-on répondu. Donc, pour moi, il fallait clairement passer à l'action. La Poste est la même dans tout le pays, les mesures seront appliquées partout. Si nous ne réagissons pas maintenant face à un tel plan, à quoi sert encore le syndicat?
Selon les informations concrètes que vous avez, quelles seront les conséquences du plan stratégique de La Poste pour les facteurs? Et pour les usagers?
Jacques Lespagnard. En ce qui concerne les facteurs, c'est le plan Georoute 2, on estime que 1000 à 1200 emplois disparaîtront. Les plus touchés seront les grands bureaux, où on s'est déjà battu contre Georoute 1. Georoute 1 voulait 45% d'emplois en moins. A Liège, nous en avons récupéré 20% grâce aux actions. Mais maintenant, La Poste veut vraiment les faire disparaître. En plus, la direction veut une nouvelle augmentation de la productivité, traduisez de la charge de travail. Pour ceux qui distribuent le courrier, c'est une vraie catastrophe. Ils vont crouler.
On parle de reconvertir les facteurs. Mais où va-t-on les mettre? Pour faire quel boulot? Mine de rien, les différents métiers de La Poste ne sont pas interchangeables.
Pour les usagers, tout sera une nouvelle fois chamboulé. Les tournées seront encore réorganisées, les facteurs devront s'adapter et il y aura encore de nombreuses plaintes contre «le facteur qui s'est encore trompé». Pas étonnant, puisque les tournées seront une nouvelle fois dessinées par un ordinateur qui ne connaît pas le terrain.
Le peu de rôle social qui restait, c'est définitivement fini.
Et pour les autres catégories de personnel?
Jacques Lespagnard. Dans les centres de tri, il y aura aussi des pertes d'emploi. A Liège, on les estime à 60 à 70 en moins, sur 350. Les contractuels (il y en a pas mal à Liège) seront probablement réaffectés à la distribution, ils vont donc devoir changer de métier, avec le risque de ne pas savoir s'adapter. Ils ne sont plus prévus dans le nouveau schéma, mais comme il existe une garantie d'emploi pour les contractuels à durée indéterminée, il faut bien les recaser. Mais comment? Puisque Georoute 2 va déjà faire des ravages dans les bureaux de distribution. Nous craignons donc des licenciements.
Enfin, pour les activités financières, la direction a aussi prévu une ré-organisation. Jusqu'à présent, chaque bureau de poste était dirigé par un percepteur qui devait gérer à la fois la distribution du courrier (le mail) et les activités aux guichets (le retail). La direction estime qu'il faut séparer les deux. Tout sera réorganisé, au nom de l'efficacité. Dans la région, nous perdrons 28 équivalents temps plein.
A terme, c'est pire: d'ici 2009, 730 bureaux seront fermés, au profit des Point Poste (dans les Delhaize, par ex). Pour les régions rurales, c'est une catastrophe. Les usagers devront se déplacer beaucoup plus loin. La qualité du service au public va encore en prendre un coup. Et ce plan a été signé par le socialiste Vande Lanotte, et ses complices!
Que pensez-vous de l'engagement de la Poste, dans le contrat de mariage avec CVC Capital Partners et la Poste danoise, de verser un dividende de 10 millions d'euros par an, dès 2006?
Jacques Lespagnard. Les Danois ont investi, ils détiennent 49% du capital, ils veulent que ça rapporte. Pour y arriver, on divise le mail et le retail. Les Danois sont beaucoup dans le mail, qui gagne de l'argent. La CVC, qui est une banque anglaise, est plutôt dans le retail. Le problème, c'est que La Poste a de quoi payer un dividende cette année (2006), mais pour la suite, tout dépend du plan stratégique, dit-elle. C'est-à-dire qu'elle voudra diminuer le coût du personnel.
Et les travailleurs se demandent ce qui arrivera si La Poste ne sait pas payer. La faillite? Un scénario Sabena II? Le personnel, inquiet, est bien décidé à repasser à l'action si nécessaire. De toute façon, la restructuration est telle qu'il faudra bouger. Sinon, le syndicat n'a plus lieu d'être. Et ce sont les travailleurs qui décideront de l'ampleur et de la forme des actions.
1 Centrale générale des services publics, branche de la FGTB, syndicat socialiste